
80 ans plus tard, les défis ont changé. Notre époque est marquée par les guerres, les catastrophes naturelles, le changement climatique, les fuites de populations et l’insécurité économique. Les crises, qui étaient autrefois l’exception, semblent être devenues la règle.
Quelles conséquences cela a-t-il sur notre solidarité ? L’idée sur laquelle a été fondée la Chaîne du Bonheur il y a 80 ans a-t-elle encore un sens aujourd’hui ?
Pour le savoir, nous avons réalisé une enquête représentative en collaboration avec gfs.bern et le Center for Philanthropy Studies de l’Université de Bâle. Le résultat – notre baromètre de la solidarité 2026 – apporte une réponse remarquablement claire.
La solidarité fait la cohésion de la Suisse
95 % de la population pense que la solidarité est importante pour le vivre-ensemble. Ce consensus fondamental traverse les générations, les affinités politiques et les régions linguistiques. Cela ne veut pas dire que tout le monde ait exactement la même compréhension de la solidarité. Certaines personnes accordent plus d’importance à la responsabilité individuelle ou à la réciprocité, d’autres ont une vision plus globale, moins conditionnelle de l’aide. La « portée » de cette solidarité varie elle aussi : pour une partie de la population, elle ne s’arrête pas aux frontières, tandis que pour une autre, la priorité va à la solidarité sur le territoire suisse.
De plus, entre notre désir d’une société solidaire et notre perception quotidienne, il existe un écart important. Les Suisses ne sont que 68 % à trouver que leur pays dans son ensemble est solidaire. Plus il s’agit de personnes proches, et plus nous ressentons fortement la solidarité : 85 % des gens en font l’expérience dans le cercle amical, et 82 % au sein de la famille. Dans l’espace public, ce chiffre tombe à 21 %, et à tout juste 7 % sur les réseaux sociaux.

Pas d’indices d’une quelconque « lassitude de la solidarité »
Crise permanente, polycrise, omnicrise : ces néologismes montrent que beaucoup de personnes perçoivent les crises comme étant plus fréquentes et plus graves qu’auparavant. Le baromètre de la solidarité le confirme : 86 % de la population a l’impression que le nombre de crises et de situations de détresse a augmenté, 59 % de la population se sent personnellement affectée.
Pour autant, les gens ne prennent pas leurs distances avec la solidarité. Trois personnes sur quatre estiment qu’en temps de crise, particulièrement, il est important de se montrer solidaire. Et près de neuf personnes sur dix sont toujours aussi disposées (60 %), voire encore plus disposées (28 %) à faire un don.
Les crises ne conduisent donc pas à une érosion de la solidarité.
Mais ce baromètre montre aussi que les nombreuses crises laissent des traces : 85 % des gens ont le sentiment de ne pas pouvoir aider partout, 78 % réfléchissent plus longtemps aux causes qu’ils vont soutenir. Et 61 % se demandent parfois si leur aide a un quelconque impact.
Quand une crise succède à la suivante, on finit forcément par se poser cette question : par où commencer ? Qui a vraiment besoin de mon soutien ? Ma contribution peut-elle vraiment changer quelque chose ?
La difficulté ne vient donc pas d’un manque de solidarité, mais d’un certain sentiment d’impuissance face à un monde où les crises s’accumulent.
De l’impuissance à l’action
Ainsi, le baromètre nous ramène à l’idée par laquelle tout a commencé il y a 80 ans.
La Chaîne du Bonheur n’a pas à créer de la solidarité. La solidarité est déjà là. Notre mission consiste à en faire émerger une action commune.
Le baromètre de la solidarité nous montre à quel point il est important, face aux nombreuses crises, de mettre en évidence des possibilités d’action concrètes. Nous pouvons donner des repères, montrer où il y a besoin d’aide, rendre visibles les résultats que l’action commune peut obtenir.

Christian Engeli
Directeur Communication & FundraisingCar quand nous agissons ensemble, les choses changent. Pour les personnes qui reçoivent l’aide. Mais aussi pour nous et pour la société dans laquelle nous vivons. La solidarité nous permet de sentir que nous sommes là les un·e·s pour les autres, et que même dans les périodes difficiles, nous ne sommes pas seul·e·s.
Depuis les débuts de la Chaîne du Bonheur, la SSR est une partenaire décisive. Ensemble, nous pouvons donner des informations sur les crises et susciter l’empathie. Mais nous pouvons aussi faire autre chose : ouvrir la voie qui va du savoir à l’action. L’émotion individuelle peut devenir action collective, et la solidarité une aide concrète.


